Dead City
Par Olivier MARTINEAU :: mardi 2 janvier 2001 00:00

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Alors que le Pathé Brumath situé en banlieue a déjà conduit à l’agonie deux cinémas strasbourgeois, UGC implante son multiplexe en pleine ville. Ciné Cité est censé relancer la fréqentation en attirant dans ses salles de nouveaux publics. Jusque là rien à redire. Question : pourquoi, dans ce cas, chercher à phagociter les spectateurs des salles Art & Essai du centre-ville ? Coup de blues avant la biopsie définitive du paysage cinématographique strasbourgeois.
L’ouverture d’un nouveau cinéma est toujours une bonne nouvelle. Lors du lancement de L’Odyssée en 1992, la volonté de la municipalité décidée à faire revivre l’ancien Union Teather et ex-ABC fut unanimement salué. Dans les petites communes, les mairies soutenues par les assoc’ de cinéphiles mettent en ouevre des projets qui permettent aux habitants vivant en dehors des grandes villes de se faire une toile. Ce fut le cas à Niederbronn l’an passé, à Saint-Louis plus récemment. "Encore !" aurait-on envie de crier. Les Strasbourgeois sont gâtés : 22 nouvelles salles ont ouvert leurs portes au public le 29 novembre dernier.
Frémir ?
Situées place de l’Etoile, elles sont, ont l’aura compris, regroupées au sein d’un multiplexe financé par UGC. Le bâtiment a de l’allure -les architectes Denis Valode et Jean Pistre en sont les auteurs- etla facilité avec laquelle Ciné Cité s’est implanté dans le paysage cinématographique strasbourgeois fait frémir. 22 salles, donc, de 110 à 600 places, une salle 3D, 120 mètres de longs, 20 mètres de haut, 22000 m² de surface sur deux niveaux dont 4000 m² sont dévolus à la détente et la restauration, plusieurs espaces d’exposition et de réception... la démesure est revendiquée puisque c’est là le plus grand Ciné Cité mis à flot par UGC. Ne manquait plus que la foule pour occuper les 5414 places disponibles à chaque séance. Et bien, la foule a répondu présent. Le Ciné Cité Strasbourg-Etoile figurait avant Noël parmi les dix plus importants cinémas de France au bout de trois semaines d’exploitation. Le public visé ? On aurait pu croire le "concept multiplexe" taillé sur mesure pour les amateurs de pur divertissement, les spectateurs de jadis perdus au profit des vidéos-clubs qu’il s’agirait de faire revenir au bénéfice du 7e Art. A partir de là, les cinoches à blockbusters telles que le Vox, le Capitole ou feu-Le Melies sont dans le colimateur. Mais l’enjeu n’était-il pas surtout de séduire de petites plèbes, multiples et éparpillées en niches trop encombrantes pour les salles rikiki du centre-ville ? Les projections en 3D de la salle UGC MAX ajoutent à cette idée du loisir avant tout.
Un essai pour couler l’art
Pas de souci, Schwarzy, Disney, Chicken Run, Pokemon 2 et autre Grinch sont à l’affiche. Les films à entrées massives ont forcément droit de Cité. Là où on s’étonne, c’est lorsque l’on constate que sur les nombreux 28 films projetés, beaucoup relèvent de l’art & essai ou bénéficient d’une projection en version originale sous-titrée. A l’heure où cet article est mis en ligne, sur les 28 films à l’affiche, 6 peuvent être considérés comme relevant de l’Art et Essai pur et dur (In the Mood for Love de Wong Kar Wai, par exemple) et quatre sont projetés en VO. Un chiffre qui fut beaucoup plus éloquant juste avant les fêtes. On voudrait couler le Star Saint-Exupéry spécialisé dans la VOST et le Star dont l’art & essai est, avec le court-métrage, un des cheveaux de bataille depuis de nombreuses années, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.
Loin des yeux...
C’est effectivement la guerre entre UGC (Ciné Cité et Capitole) et Pathé (Vox et Brumath). Pathé ayant les reins suffisamment solide pour continuer d’exploiter le Vox et Brumath, c’est donc aux deux Stars -faisant ainsi les frais de l’alliance étroite signé avec Pathé avant l’ouverture de Brumath- que UGC s’en prend. Peu accessible sinon par la voiture, doté d’une ambiance aussi impersonnelle que celle d’un supermarché qui sera sûrement corrigée, le multiplexe de la place de l’Etoile ne tourne pas encore à plein régime. Une fois le secteur aménagé et desservi par plusieurs lignes de tram, on peut prévoir une success story devant tout au décès des cinémas du centre-ville. On aimerait se dire que les cinéphiles ne se laisseront pas amadouer par les néons et la clim abrutissante du multiplexe. L’indifférence générale dans laquelle Le Club -un cinéma géré à une certaine époque par Louis Malle et qui projetait en VO- a crevé un soir d’août 1999 laisse craindre le contraire.


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